Contrairement à Niko, je ne vais pas disserter pendant des heures sur la place de Nantes en Bretagne (bien sûr que Nantes est en Bretagne, Niko ! Pas besoin d'écrire des tonnes de pages web pour enfoncer une porte ouverte...). Je vais plutôt porter mes réflexions sur le gros sujet d'actualité (si gros que je me demande d'ailleurs s'il n'a pas favorisé le passage de la loi DADVSI... (non je ne fais pas de fixations !)) : j'ai nommé le CPE !

Je pense que vous êtes au courant du bras de fer qui oppose en ce moment les étudiants et les syndicats au gouvernement et en particulier à Dominique de Villepin (si ce n'est pas le cas, il faut que vous m'expliquiez comment vous faites : personnellement, je n'ai pas réussi à y échapper, tout le monde en parle !). A ma droite, le champion de la paix en Irak qui, par des méthodes qui sont totalement et logiquement criticables, a fait passer un projet de loi considéré comme une refonte déguisée de notre code du travail. A ma gauche, les étudiants qui pensent que leur entrée dans le monde du travail va être de plus en plus compliquée et de plus en plus précaire.

Au milieu, il y a... moi : un pauvre petit informaticien qui tente de comprendre un monde qui lui échappe. A priori, je me situerais plutôt du côté des étudiants. Non contente d'officialiser la précarité des jeunes, la loi sur le CPE instaure une nouveauté qui m'a particulièrement fait tiqué : la possiblité pour l'employeur de licencier son salarié sans (quasiment de) préavis et surtout sans motif ! Alors que jusqu'à présent, la charge de la preuve incombait à l'employeur (il doit prouver que son salarié a fait une faute pour le licencier), elle doit maintenant être apportée par le salarié (qui doit prouver qu'il n'a pas fait de faute...). C'est à mon avis inacceptable, parce qu'un jugement aux prud'hommes, ce n'est pas sans conséquences (tant financières que psychologiques). La loi est faite pour protéger les plus faibles contre les plus forts et, dans le monde du travail, le faible c'est le salarié et le fort c'est l'employeur !

En plus de toutes les maladresses politiciennes du gouvernement (l'absence de discussion préalable avec les personnes concernées, le passage en force à l'assemblée avec l'utilisation du 49.3...), on peut douter de ses véritables intentions : sous prétexte d'un chômage des jeunes soi-disant largement supérieur à la moyenne nationale, il essaye de nous faire avaler une pilule bien trop grosse. Le problème, c'est que le chiffre, avancé par le gouvernement, de 25% de chomeurs dans la catégories des 15-25 ans n'est pas vrai ! Du coup, la lutte contre le chômage des jeunes n'a pas lieu d'être et il ferait mieux de s'attaquer aux causes profondes et structurelles du chômage, comme le coût du travail trop élevé.

J'en étais là dans mes réflexions, lorsque je suis tombé sur ce billet de Maître Eolas qui m'a conforté dans mes opinions. Notamment à cause du fait que Maître Eolas s'en prend aux "soi-disants grévistes" étudiants, qui ne peuvent pas être gréviste, puisqu'ils ne travaillent pas. Je trouve vraiment que c'est jouer sur les mots. Bref, je n'étais pas d'accord avec sa prose. Mais voilà, aujourd'hui je trouve ce billet du même auteur dans mon aggrégateur. Et là, j'avoue ne plus trop savoir quoi penser.

D'après Maître Eolas, être embauché en CPE serait beaucoup plus avantageux pour le salarié que d'avoir un CDI. Et l'avantage est d'autant plus grand si le contrat est rompu durant les 2 premières années... On m'aurait menti ? (je vous laisse découvrir son raisonnement, c'est assez déroutant). J'en viendrai presqu'à regretter d'être trop vieux pour en bénéficier. Evidemment, il faut avoir le courage et la possibilité (c'est à dire le bagage scolaire et le marché du travail favorable) de rompre le contrat de travail, mais la différence est grande, tant en terme d'indemnisation qu'en terme de droit aux assedics (bah oui, une démission d'un CDI ne donne pas droit aux assédics, tandis que la rupture d'un CPE dans sa période de "consolidation", si).

Mais, du coup, si le CPE est si avantageux pour le salarié, pourquoi est-il présenté comme un contrat favorisant l'embauche ? Parce que, toujours d'après Maître Eolas, licencier un CPE coûte plus cher à l'employeur que de licencier un CDI... Si c'est vraiment le cas, je ne vois pas pourquoi les entreprises l'utiliseraient pour embaucher des jeunes. Je sens bien que je suis manipulé dans toute cette affaire. La question, c'est : "à qui profite le crime ?"
Est-ce la gauche qui tente de récupérer des voix en prévision des prochaines échéances électorales ? Est-ce que la droite tente vraiment de détruire le code du travail et de mettre en place un monde du travail hyper-flexible et des travailleurs à la merci des patrons ? Est-ce que ce contrat a vraiment une infime chance de réduire le chômage ?
Bref, dubitatif je suis...

Et vous, qu'en pensez-vous ?